Désignez votre agent de marques de commerce canadien pour vous faciliter la vie dans le cadre de demandes déposées aux termes du Protocole de Madrid

Août 2019

Marques de commerce et marques

Le Canada a adhéré au Protocole de Madrid le 17 juin 2019. Par conséquent, les requérants étrangers peuvent déposer une seule demande d’enregistrement international de marque de commerce auprès du Bureau international de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) et désigner le Canada lorsqu’ils déposent une telle demande.

En règle générale, l’Office de la propriété intellectuelle du Canada (OPIC) enverra une lettre de courtoisie informant le mandataire du requérant auprès du Bureau international de l’OMPI qu’au Canada, le requérant doit être représenté par une personne qui réside au Canada et qui est inscrite à titre d’agent de marques de commerce agréé au Canada. Toute la correspondance future en provenance de l’OPIC sera envoyée directement au requérant ou à l’agent de marques de commerce canadien désigné.

Pour éviter les retards ou les pertes de correspondance officielle provenant de l’OPIC, nous recommandons fortement aux requérants étrangers de désigner dès que possible un agent de marques de commerce canadien pour qu’il leur prête assistance pendant le processus d’enregistrement de leur marque de commerce au Canada.

Confusion : bien plus que la somme de ses parties

Dans les actions pour contrefaçon et commercialisation trompeuse d’une marque de commerce, le succès des demandeurs repose sur la capacité à établir la confusion. L’article 6 de la Loi sur les marques de commerce (la Loi) prévoit une liste non exhaustive des éléments dont le tribunal doit tenir compte, notamment le caractère distinctif, la période durant laquelle les marques ont été en usage, le genre de produits, services ou entreprises, la nature du commerce et le degré de ressemblance entre les marques de commerce.

Dans l’affaire Loblaws Inc. v Columbia Insurance Company, l’action de la demanderesse a été rejetée au motif qu’il était impossible d’établir la confusion entre les marques abrégées de Pampered Chef et les marques PC de Loblaws.

Loblaws est un détaillant en alimentation reconnu qui n’a cessé d’élargir son marché pour inclure non seulement les produits d’épicerie mais également les articles de cuisine, les produits pour la maison et les services financiers. Depuis des décennies, par l’intermédiaire de ses bannières de détail, Loblaws vend ces produits et services sous ses marques maison (en version anglaise) « President’s Choice » et « PC » et ses marques connexes (les Marques PC).

La défenderesse, Pampered Chef, est une société américaine fondée sur le modèle de commercialisation à paliers multiples qui vend des articles de cuisine. Sa marque de commerce, associée à la vente de produits pour la maison au Canada au moyen de présentations à domicile et de commandes virtuelles par catalogue, est représentée par la lettre « P » et la lettre « C » séparées par une « cuillère affichant un sourire ».

Après avoir déposé ses marques de commerce au Canada en 2015, Pampered Chef a commencé à vendre, à distribuer et à commercialiser des produits pour la maison portant ses marques abrégées au Canada. En outre, Pampered Chef a commencé à exploiter un programme de récompenses appelé « PC Dollars ».

Dans son action, Loblaws soutenait que les marques abrégées étaient identiques ou semblables aux Marques PC au point de créer de la confusion et que PC Dollars était identique à la marque mot PC. Il incombait à la demanderesse d’établir la probabilité de risque de confusion, par opposition à une simple possibilité de confusion.

Le tribunal a conclu que la marque mot PC avait acquis un caractère distinctif important, quoique légèrement moins que la marque stylisée PC, et que le caractère distinctif acquis des Marques PC, la période durant laquelle les marques avaient été employées et la similarité des produits et des clients favorisaient Loblaws.

Le tribunal juge qu’il n’existe aucune confusion entre les marques de commerce en cause

Le tribunal a ultimement conclu qu’il n’existait aucune confusion entre les marques en cause principalement en raison des différences dans les canaux de distribution : Loblaws vend ses produits principalement dans des magasins traditionnels alors que Pampered Chef vend les siens principalement par l’intermédiaire de conseillers indépendants. Même si les deux parties s’adressent à la même clientèle, le tribunal a conclu que l’analyse des canaux de distribution démontrait que les clients de Loblaws savaient que les produits de Loblaws se vendaient en magasin et ne s’attendaient pas à les trouver au moyen des canaux de distribution distincts de Pampered Chef. De plus, le fait que Pampered Chef utilise son nom et son logo au long sur ses sites Web renforce la conclusion selon laquelle les clients ne sont pas susceptibles d’être confus lorsqu’ils voient les marques abrégées.

Dans le cadre de l’évaluation du degré de ressemblance, la cuillère affichant un sourire a été réputée constituer un élément caractéristique important des marques de Pampered Chef du fait notamment qu’il s’agit d’un dessin, lequel est absent de la marque mot PC, et du fait que ce dessin est bien en vue dans les marques. Même si les deux marques ont la même sonorité, la présence de la cuillère affichant un sourire diminue le degré de ressemblance entre les marques abrégées et la marque mot PC. La marque stylisée PC qui, en raison de son design, possède un caractère distinctif inhérent et acquis plus important que la marque mot PC, a également une moins grande ressemblance avec les marques abrégées de Pampered Chef, encore une fois du fait de la présence de la cuillère affichant un sourire. En conséquence, le degré de ressemblance n’était pas suffisant pour conclure que la probabilité de confusion avait été établie.

Loblaws a déposé en preuve un sondage indiquant qu’entre 11 % et 17 % des participants ont mal identifié la marque Pampered Chef et l’ont associée à President’s Choice. Cependant, le sondage ne tenait pas compte du contexte dans lequel les clients de Pampered Chef seraient en contact avec les marques abrégées dans le monde réel, c’est‑à‑dire qu’ils verraient le logo au long ou le nom de Pampered Chef avant ou au moment de voir les marques abrégées. En conséquence, peu d’importance a été accordée au sondage.

De plus, le tribunal a souligné le manque de preuve de confusion réelle. Bien qu’il soit nécessaire de fournir une preuve de « probabilité de confusion » et non de « confusion réelle », le défaut de fournir toute preuve de confusion réelle n’est pas de bon augure et peut amener le tribunal à tirer une inférence négative, surtout dans les cas d’utilisation simultanée prolongée. Cela était ici manifestement le cas puisque le tribunal a conclu que Loblaws n’avait pas réussi à établir la probabilité raisonnable de confusion entre les marques abrégées de Pampered Chef et sa marque mot PC.

Cette affaire nous rappelle que les facteurs énumérés au paragraphe 6(5) de la Loi ne sont pas exhaustifs et qu’en outre, ils ne doivent pas nécessairement être d’égale importance. En fin de compte, ce sont les faits qui dicteront si une plus grande importance doit être accordée à un facteur plutôt qu’aux autres. Ainsi, il est important de s’efforcer de dresser un portrait exhaustif de la situation pour évaluer la probabilité de confusion, en prenant soin d’inclure un examen factuel détaillé dans l’analyse.

Pour plus de renseignements, veuillez communiquer avec votre professionnel en propriété intellectuelle chez Norton Rose Fulbright Canada S.E.N.C.R.L., s.r.l.

Pour obtenir la liste complète de notre équipe Propriété intellectuelle, cliquez ici.

Après un second coup d’œil, la CAF confirme le rejet de demande en contrefaçon dans un litige portant sur des dispositifs médicaux ophtalmiques

L’équipe aimerait remercier Roxanne Caron, étudiante, pour son aide dans la rédaction de ce billet.

Juin 2019
Brevets – Contrefaçon et validité

Dans TearLab Corporation c. I-MED Pharma Inc, 2019 FCA 179, la Cour d’Appel Fédérale (CAF) a confirmé le rejet de l’action en contrefaçon de brevet de TearLab contre I-MED. Le juge de la Cour Fédérale n’a commis aucune erreur manifeste et dominante en concluant que les revendications en cause étaient évidentes.

La CAF a confirmé la conclusion du juge de première instance selon laquelle l’interprétation des revendications du brevet au sens large pour y inclure le système d’osmolarité i-Pen®, empêchait TearLab de simultanément les restreindre pour empêcher qu’elles soient déclarées nulles pour cause d’antériorité. La CAF a approuvé la méthodologie employée par l’expert d’I-MED pour localiser l’état de la technique utilisée dans l’analyse d’évidence. Elle a également confirmé que les indices secondaires de non-évidence, par exemple le succès commercial, ne sauraient empêcher une revendication d’être reconnue comme évidente, en particulier lorsque les éléments de preuve n’établissent pas de lien entre le produit commercial et les revendications de brevet.

Un dilemme au cœur de la structure des revendications

Le brevet 540 de TearLab décrit un dispositif médical mesurant l’osmolarité d’un échantillon de fluide corporel, en particulier d’un film lacrymal, déposé sur une puce (collecte ex vivo). À l’inverse, le i-Pen® mesure l’osmolarité grâce à un capteur à usage unique, constitué d’une paire d’électrodes sur un substrat non conducteur, qui est placé contre le tissu humide de la conjonctive interne de la paupière (collecte in vivo).

Le juge de première instance avait reconnu que les revendications mises en cause ne se limitaient pas qu’à des applications ex vivo, malgré que les exemples du brevet portent sur ces types d’applications. Toutefois, il avait aussi conclu qu’en revendiquant globalement les applications in vivo et ex vivo pour tous les fluides corporels, TearLab a créé un problème de validité difficile à surmonter.

La CAF est d’accord avec I-MED que TearLab se trouve devant un dilemme. TearLab ne peut prétendre que les conclusions du juge en matière de contrefaçon sont correctes, tout en contestant l’interprétation de la structure des revendications sur laquelle ces conclusions étaient fondées.

L’analyse de la structure des revendications et du concept inventif

La CAF a souligné que l’analyse du juge de première instance était cohérente avec les récentes décisions minimisant l’importance du concept inventif en tant qu’outil d’analyse pour évaluer l’évidence des revendications. Le juge de première instance a correctement axé son analyse sur les revendications elles-mêmes.

La CAF a également observé que « l’indépendance de volume », qui serait le concept inventif au cœur du brevet 540, n’était mentionnée nulle part dans les revendications mises en cause. Le juge de première instance a eu raison de faire ressortir que, si l’inventeur avait voulu incorporer l’indépendance de volume dans une incarnation possible du brevet, cela ne suffisait pas pour l’intégrer aux revendications en l’absence d’un langage clair à cet effet.

La recherche sur l’état de la technique

La CAF a affirmé que la recherche sur l’état de la technique réalisée par l’expert de I-MED avait été faite selon la méthodologie appropriée. L’expert a trouvé les références portant sur l’état de la technique à la suite de sa propre recherche, sans l’assistance d’un avocat et sans avoir reçu au préalable le brevet.

Inclusion d’indices secondaires d’évidence dans l’analyse

La CAF a confirmé que le succès commercial d’un produit breveté n’est jamais, en soi, un indice décisif de non-évidence, et qu’il ne suffit pas à protéger une revendication évidente. Le juge a aussi exprimé son accord avec l’argument de I-MED selon lequel la preuve du succès commercial revendiquée par TearLab n’est pas liée à l’invention décrite dans le brevet 540, mais au produit commercial de TearLab. Comme aucun lien n’a été établi entre les deux, l’argument de TearLab n’était donc pas pertinent pour l’examen portant sur l’évidence.

Norton Rose Fulbright a agi à titre de représentant auprès de I-MED Pharma Inc.

Pour plus d’information, veuillez contacter votre professionnel de propriété intellectuelle chez Norton Rose Fulbright Canada LLP.

Pour une liste complète de notre équipe PI, cliquez ici.

[Vidéo] Regard éclairé sur les récents changements à la Loi sur les marques de commerce

Il me fait plaisir de vous partager une vidéo axée sur les changements apportés à la Loi sur les marques de commerce qui ont permis au Canada d’adhérer au Protocole de Madrid et à la Classification de Nice le 17 juin dernier.

Plus spécifiquement, on y discute des changements principaux pour les détenteurs de marques de commerce, les incidences de l’adhésion du Canada au Protocole de Madrid ainsi que les avantages et les inconvénients de l’élimination de l’obligation d’usage en tant que condition d’enregistrement pour une marque de commerce.

En espérant que vous aurez autant de plaisir à la regarder que moi de m’être prêté au jeu …

Bonne écoute!

 

L’importance d’établir une stratégie de propriété intellectuelle

Bâtir une image de marque ou un portefeuille de brevets, c’est bien. Le faire selon une stratégie de propriété intellectuelle (PI) établie, c’est mieux.

Une stratégie de PI adaptée ne doit pas se faire en réaction à une situation imprévue ou au comportement douteux d’un concurrent. Une stratégie de PI se doit d’être adaptée aux besoins précis de l’entreprise et ne pas simplement constituer une accumulation un peu hétéroclite de droits divers.

En fait, une bonne stratégie de PI constitue le résultat d’une démarche réfléchie qui correspond à  un plan défini, fondé sur des objectifs précis et sur des comportements connus des acteurs du marché, qui permet d’utiliser de façon maximale la législation, les protections contractuelles, les politiques d’innovation et les actifs de PI, y compris les brevets, marques de commerce et secrets commerciaux (p. ex. recettes ou données), pour protéger et faire croitre la valeur de votre entreprise.

Idéalement, une stratégie de PI préconise des actions concrètes destinées à stimuler la croissance et réduire les risques. Celle-ci est adaptée à votre situation et soutient la mission de votre entreprise et celle de vos collaborateurs. Une stratégie de PI peut notamment traiter des aspects suivants :

Prenons la culture de PI à l’interne comme exemple.

La protection de la PI commence par la mise en place et la promotion d’une forte culture de la PI à l’interne. Une telle culture, pour être efficace, doit s’étendre à tous les niveaux hiérarchiques de votre entreprise de la direction jusqu’aux employés et fournisseurs. Lorsque votre entreprise investit dans la formation en PI et qu’elle développe des programmes afin d’encourager et valoriser celle-ci à l’interne, il va de soi que la valeur de vos actifs intangibles sera bonifiée, que ce soit par une protection accrue des innovations que par une réduction des coûts à long terme.

De plus en plus, entretenir une culture de PI moderne contribuera à attirer et soutenir les talents, ce qui peut s’avérer un avantage important, tout particulièrement dans le contexte actuel de rareté de main-d’œuvre qualifiée.

En effet, les principaux talents en matière d’innovation (p. ex. ingénieurs, physiciens, développeurs, responsables de l’innovation, experts en la matière) souhaitent de plus en plus faire partie d’une entreprise ayant une forte culture axée sur l’innovation. Aux yeux de ce personnel, se concentrer sur la PI peut distinguer une organisation innovante d’une qui ne l’est pas. À l’inverse, l’absence de stratégie de PI, ou sa mauvaise exécution, suggère que l’innovation n’est pas la priorité de l’entreprise, ce qui fera ombrage à ses efforts de recrutement. Une culture de PI constitue donc un atout indéniable!

Ainsi, dans les domaines liés à la haute technologie, comme en optique-photonique, où les entreprises se disputent les mêmes ressources, ne pas miser sur la PI nuira aux efforts de recrutement et fera obstacle à la rétention du personnel qualifié. Bref, avoir une solide culture de la PI est un signal fort que l’entreprise tient vraiment à protéger son avantage technologique et est prête à investir pour y parvenir.

Un merci tout spécial à Jeffrey Kang, Jean-François Drolet et Alexandre Daoust pour leurs contributions respectives à ce billet.

 

LexBlog